Anse : Justes parmi les Nations

Publié le par danielpomeret.over-blog.com

Anse et le Comité Yad Vashem ont inauguré une stèle mémoire en l’honneur des « Justes parmi les Nations » ce dimanche 7 septembre 2014. Je vous fais partager l’essentiel de mon discours prononcé à cette occasion.

« Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est grâce à l’initiative de M SPERBER qui, en 2012, a contacté la Commune d'Anse et le Comité français pour YAD VASHEM. 68 ans après, vous souhaitiez que les actes courageux réalisés par ANSE et ses habitants, ayant permis à des juifs d’être sauvés de l’arrestation et de la déportation, puissent être rappelés et honorés. Ainsi 65 ans après que la commune ait reçu la croix de guerre pour entre autres actions celle d’héberger de nombreuses familles israélites, la municipalité de ANSE et le Comité Yad Yashem inaugurent aujourd'hui ce lieu de mémoire « Justes parmi les Nations ». Grace à toutes vos démarches, M SPERBER, cette stèle aura pour mission de transmettre notre histoire dans ce qu’elle a de plus réel, de plus douloureux dans cette période trouble où la haine de l’autre, du juif en particulier, et la barbarie prédominaient. Mais aussi de transmettre cette foi en l’humanité, ce respect de l’autre dont on fait preuve courageusement un certain nombre d’hommes et de femmes ici comme ailleurs. Dans ces années de persécution nazie, des habitants de Anse, vont accueillir plusieurs familles de confession juive ayant fui Paris : La famille GROBART, Jacques, sa femme Rucla, originaires de Pologne, arrivés en France en 1926 et leurs 4 fils qui parviennent à ANSE au cours de l’été 1941 et qui resteront jusqu’à la fin de l’année 1944. La famille ROZENBERG, Cyrla et Zelig ROZENBERG, et leur deux fils, Félix, arrivés à ANSE au cours de l’été 1941 pour y rester jusqu’en fin d’année 1944. La famille SPERBER, Sura, mariée avec Emile Samuel SPERBER, tous deux originaires de Pologne. Emile SPERBER est arrêté le 13 mai 1941 à Paris lors de la convocation dite « du billet vert ». Il est aussitôt interné au camp de Pithiviers où il demeurera près de 13 mois avant d’être déporté le 25 juin 1942 vers le camp d’extermination d’Auschwitz-BirKenau. Sura est la jeune sœur de Laja, mariée avec Moszek ROSENBERG, frère de Zelig ROSENBERG. Ensemble, ils ont un fils Henri-Max. Moszek est lui aussi arrêté le 13 mai 1941, interné au camp de Beaune la Rotonde, avant de partir en déportation à Auschwitz où il sera exterminé à l’âge de 35 ans. C’est ainsi que les deux sœurs, Laja et Sura se retrouvent seules à Paris avec chacune leur fils, et l’obligation de porter l’étoile jaune. Elles échappent de justesse à la rafle du Vel d’Hiv le 16 juillet 1942, et décident de rejoindre en région lyonnaise, encore en zone libre, les familles Jacques GROBART et Zélig ROZENBERG, réfugiées depuis l’été 1941 et avec lesquelles elles sont apparentées. Mais avant, il faut franchir la ligne de démarcation située à Chalon sur Saône. C’est ici que Laja est arrêtée dans le train le 4 août 1942, emmenée à la maison d’arrêt, reconduite le lendemain au camp de Pithiviers. Le 7 août 1942, elle sera déportée à Auschwitz où elle sera exterminée à l’âge de 39 ans. En août 1942, Sura parvient donc à Anse avec son fils Jacques, alors âgé de 6 mois et son neveu Henri Max ROZENBERG, âgé de 8 ans, orphelin de père et mère. Avec les familles GROBART ET ROZENBERG, ils vivront dans la commune deux années tranquilles, cachés et protégés par les habitants qui, pour la plupart d’entre eux connaissaient leur origine. Puis ce lundi matin, 28 août 1944, survint ce bombardement détruisant entièrement le quartier de la Gravière. Des décombres seront extraites, sans vie, 22 victimes civiles dont la mère de M SPERBER, une amie de sa mère et son cousin. Lui-même, âgé de 2 ans et demi, sera sorti des décombres, 36 heures plus tard, gravement blessé mais vivant. Après plus de deux mois d’hospitalisation à l’hôpital de Villefranche, il sera recueilli par une famille ansoise aujourd’hui disparue, M et Mme Lafontaine. Son père, rescapé des camps, libéré par l’armée anglaise mi avril 1945 du camp de Bergen-Belsen et rapatrié à Paris fin avril, le retrouve et le reconnaît. La famille RIBOWSKI, Simon et Sarah et leurs 6 enfants habitent aussi la région parisienne. Les parents avec Bella, 6 ans et Nicolas, 3 ans, sont arrêtés, en juillet 1942, en passant la ligne de démarcation ; les petits sont sauvés mais Simon et Sarah sont déportés au camp d’extermination d’Auschwitz d’où, ils ne reviendront pas. Marcelle ou Malka , nièce de Zélig et Cyrla Rozenberg est elle arrivée avec eux à Anse. Elle y restera durant toute la guerre. Bien plus tard, Malka deviendra artiste de théâtre et de cinéma sous le nom de scène de Malka Rybowska. - David, Bella et Nicolas sont cachés, après l’arrestation de leurs parents, par les EIF à Moissac, dans le Tarn et Garonne mais début 1944 des troupes SS arrivent dans la ville. Une « filière » les récupère et les évacue ; c’est ainsi qu’ils ont été recueillis et cachés, début 1944, à Anse: David et Bella chez la famille Pardon et Nicolas chez un couple de fermiers de la commune, les Baldasso. Ils sont restés à Anse jusqu’à la libération de la France, fin 1944 - André, l’aîné de la fratrie fut résistant. Il sera tué au cours des combats de la libération de Paris, le 21 août 1944 ; une plaque commémorative, portant son nom de résistant, Claude Rybowsky, est apposée sur la façade d’un immeuble, rue Letort , Paris 18e. D’autres se refugièrent aussi sur la commune. Comme Ary HAZAN, qui est revenu spécialement de SHOHAN en Israël revoir ANSE en 2004 et qui, accompagné d'Alain MONDELAIN, a reconnu la rue où il avait été hébergé, et également la maison GERMAIN sur la colline. Citons aussi Mme Hanna LEVICKA, née en Pologne et mariée avec Levi GROJNAT, dont on ignore les détails de son histoire mais qui vivait seule rue de la Gravière. Elle était amie avec les familles GROSBART, ROZENBERG et SPERBER et fut l’une des victimes du bombardement. Et combien d'autres encore ? Bernard DESCROIX dans son livre "Anse, petite ville dans la tourmente" témoigne ainsi: « Des enfants sont confiés à des foyers ansois : une fillette d’environ 7 ans, Solange, petit rat de l’opéra qui danse divinement loge chez PONCET, une autre habite chez PASSERON, mais prend ses repas dans la famille TROUILLET. Achille, 14 ans, vient de Lyon et se dissimule chez LABATY. " Mesdames et Messieurs, plus de 70 ans après ces événements, il m'a semblé important de retracer ces histoires familiales tragiques, mais aussi de souligner les quelques fins heureuses qui, grâce à des familles ansoises, ont permis que pour certaines il existe un salut. Je voudrais aussi vous demander d'apprécier la réponse du Maire de ANSE de cette époque, Jean VACHER, affirmant à la KOMMANDATUR de Lyon ordonnant le recensement des juifs du département fin juillet 1944, qu’il n’y en avait aucun sur sa commune. De vous souvenir de ces hommes, de ces femmes, de ces familles : DESCROIX, DAMBRY, LAFONTAINE, LABATY, PARDON, PASSERON, PONCET, TROUILLET, THEVENON, MANUS et tant d’autres anonymes qui, en secret, et dans le plus profond désintéressement, ont garanti, au pays des Droits de l’homme, la survie de quelques uns, selon les valeurs de notre pacte laïque et républicain : liberté, égalité et fraternité. Soyons fiers de l’action de notre commune, soyons fiers de tous ces hommes et femmes qui ont écrit une belle page de notre histoire de France. Cette stèle, « Juste parmi les nations » en est le symbole pour les générations à venir. »

Anse : Justes parmi les Nations
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